2.000 CRS se font porter pâle

22 septembre 2017

Indemnité de déplacement : 2.000 CRS se font porter pâle le jour de la grande mobilisation sociale

 

Les CRS, qui n’ont pas le droit de grève, ont présenté des arrêts maladie pour manifester leur mécontentement.

 

C’est un vrai coup de gueule. Sans descendre dans la rue, puisqu’ils n’ont pas le droit de grève, 2.000 CRS ont exprimé leur «ras-le-bol» ce jeudi 21 septembre, en se faisant porter pâle pour signifier leur opposition à une réforme soumettant leur indemnité de déplacement (l’Ijat) aux prélèvements sociaux.

 

Créée dans les années 1960, cette prime fait l’objet d’une défiscalisation, ce qui lui vaut régulièrement les foudres de la Cour des Comptes. Mais les CRS semblent déterminés à conserver leur droit.

 

«Sur les 50 compagnies qui devaient être déployables ce jeudi, moins de la moitié sont disponibles sur le terrain», se félicite auprès de «l’Obs» Didier Mangione, secrétaire régional du syndicat UNITÉ SGP POLICE à Lyon.

 

Une nouvelle moins réjouissante pour le gouvernement. Car cette massive mobilisation est intervenue le même jour que l’importante gronde sociale contre la réforme du Code du travail. Pire encore, sur les 392 CRS prévus pour assurer la sécurité d’Emmanuel Macron à Marseille ce jeudi, pas moins de 321 avaient présenté des arrêts maladie.

 

Le «domaine sacré» des CRS

 

La disposition prévue pour le 1er janvier 2018 est perçue comme la goûte d’eau qui fait déborder le vase par ceux qui «donnent tout depuis l’attentat de ‘Charlie Hebdo’» pour assurer leur mission «sans jamais n’avoir aucune forme de reconnaissance de la part de l’Etat», dénonce Didier Mangione.

 

Excédé, Grégory Joron, secrétaire national CRS pour UNITÉ SGP POLICE, s’insurge également : «Des collègues servent de torche humaine pendant des manifestations et en échange on est pénalisés sur notre indemnité journalière d’absence temporaire.»

 

Il faut rappeler que l’Ijat, créée au début des années 1960, relève du «domaine sacré» de l’exercice du métier de CRS. Cette indemnité de 39 euros net par jour de travail passé en déplacement vise à compenser l’absence du CRS auprès de sa famille. Elle «est indispensable au bon exercice de notre métier», détaille Didier Mangione qui assure que, par an, un CRS passe «environ 180 jours en déplacement» : «C’est la petite compensation que les collègues sur le terrain touchent pour pouvoir appeler un plombier si eux ne sont pas à la maison pour s’en occuper. C’est ce petit quelque chose qui aide la famille quand la mère CRS n’est pas là.» La symbolique de l’Ijat y est pour beaucoup dans le courroux des CRS qui se sont aujourd’hui mobilisés de «manière historique», assure Grégory Joron.

 

L’Etat promet une compensation

 

En réalité, l’assujettissement aux prélèvements sociaux de l’Ijat n’a pas vocation à faire baisser l’indemnité. Au contraire, l’Etat a promis une compensation de la perte réelle. Portant l’indemnité à 42,79 euros brut au 1er janvier 2018. Le DGPN promet également le paiement de l’Ijat sur une fiche de paie spécifique et la possibilité de percevoir cette indemnité sur un compte bancaire différent de celui sur lequel est versé le salaire principal. «Pour l’instant», commente Grégory Joron, méfiant, qui craint une augmentation de la contribution sociale généralisée (CSG) à l’horizon 2019 et donc une baisse de la précieuse contrepartie financière. Au-delà du montant, c’est le délai qui inquiète. Comme l’explique le secrétaire national CRS : «Aujourd’hui, l’Ijat est versée maximum 8 jours après la permanence effectuée. S’il faut passer par un système de paie plus complexe, les CRS devront attendre jusqu’à un mois, voire deux, pour percevoir leur indemnité.»

 

Pour répondre aux griefs des syndicats dénonçant cet allongement des délais de paiement de l’indemnité, le DGPN assure de son côté que ce décalage sera «très limité» dans le temps et affirme que le paiement des heures supplémentaires, aujourd’hui trimestriel, «sera définitivement mensualisé». De son côté, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb recevra vendredi matin les trois secrétaires généraux d’Alliance, d’UNITÉ SGP POLICE et de l’Unsa-Police, réunis en intersyndicale contre cette réforme et à l’appel desquels les CRS se sont déclarés en arrêt-maladie ou en consultation médicale toute la journée. Barbara Krief

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